Le poète disait que « l’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux. » 

En nos temps de religion écologique, on n’a toujours pas peur des mots et on dirait plutôt que l’homme refuse d’être un animal comme les autres.

L’homme a toujours dédaigné ces médiocres cadeaux de la nature que sont les maladies, les difficultés d’assurer sa subsistance, la prison de sa complexion. Et c’est ainsi qu’il a inventé Médecine et Technologie qui sont sœurs jumelles, filles d’Audace et de Génie. Et qui taillent leur chemin au cours du temps en conservant les acquis par une quête opiniâtre du renouveau.

On peut y voir une leçon politique qui disqualifie les batailles perpétuelles opposant conservateurs et progressistes.

Certes la médecine et la technologie ont chacune leurs spécificités mais elles se sont souvent rencontrées sur les méthodes et les moyens. Elles partagent de plus en plus leurs recherches et leurs actions sur des objectifs et des objets communs.

 

Les post modernes que nous croyons être, imaginons mal le temps qu’il fallut à l’humanité pour tester, trier, mémoriser les substances naturelles propres à nous nourrir et à nous soigner ou, au contraire, à nous détruire la santé.

Et nous n’avons aucune idée du nombre des tentatives malheureuses qui ont été nécessaires pour parvenir, plus ou moins bien mais de mieux en mieux, à soulager un nombre croissant de maux, à guérir toujours plus de maladies, à réparer les dommages des combats et des accidents.
Nous n’en savons guère plus sur les progrès de la technologie qui ont permis à l’homme d’amplifier ses capacités d’action, notamment de chasser et de trucider ses semblables plus efficacement, de cultiver la terre avec de meilleurs rendements, de se nourrir plus abondamment et plus agréablement, de mieux conserver les aliments, de se loger et de se chauffer plus confortablement, de se déplacer plus vite et plus commodément en tous milieux et par tous temps.

Médecine et technologie ont non seulement cheminé de conserve mais elles se sont confortées mutuellement en adoptant des méthodes et développant des outillages, des appareils et des instruments similaires.

Sans remonter à l’antiquité on pourrait citer de nombreux exemples de liens entre ces évolutions par les hommes et leurs œuvres.

Par ses recherches sur la circulation sanguine un médecin et physicien diplômé de l’École Polytechnique nommé Poiseuille (1797-1869) a contribué à fonder la mécanique des fluides. Non seulement il a laissé son nom à une unité de mesure de la viscosité, la Poise, mais il a montré comment mesurer la pression sanguine et inventé « l’hémodynamomètre » à mercure, ancêtre de notre tensiomètre. Tous les hypo et hypertendus de la création ignorent qu’ils surveillent leur santé, dans une coupable ingratitude !

Inventeur du stéthoscope, le docteur Laennec (1781-1826), ne pouvait prévoir qu’un jour des mécaniciens ausculteraient des trains d’engrenages avec son illustre instrument, que l’on examinerait les entrailles des hommes et le ventre des machines avec des endoscopes, et que l’on préviendrait les maladies par des analyses des humeurs corporelles et les pannes des moteurs d’avions par l’analyse spectrométrique des huiles.

Les patients qui, grâce à l’écographie et à la radiographie, n’ignorent rien de leurs organes ni de leur future progéniture, ne savent pas que l’on cherchait, déjà avec ces instruments, des fissures sur des pièces mécaniques vers la moitié du XXème siècle.

Après une longue période d’autonomie relative, la médecine et la technologie tendent maintenant vers une vie fusionnelle. Qu’il s’agisse de sa gestion, de ses examens, de ses pratiques, la médecine est maintenant pénétrée par la technologie et ne pourra jamais s’en passer. Informatique, imagerie médicale, instrumentation, laser, scanner, IRM, robots chirurgicaux, prothèses actives, transmissions, télédiagnostics, télé opérations… sont devenus pour elle une seconde nature.

Réciproquement, la technologie a trouvé en la médecine un vaste champ de recherche et de développement.

Cette interdisciplinarité nouvelle nécessite un profond changement des états d’esprit, des méthodes de travail, de la formation et de la sélection afin que le corps médical prenne en considération les contraintes techniques et qu’ingénieurs et techniciens s’imprègnent des sujétions et des souffrances des êtres vivants.

Chacun des membres des nouvelles équipes multidisciplinaires devra plus, que jamais, considérer que toutes partitions et répartitions du travail étant faites, seul le patient « conservera tous les morceaux » ! Et devrait donc avoir toujours le dernier mot, ne fût-ce que par anticipation.

Mais notre constitutionnel principe de précaution met désormais l’administration dans la boucle pour compliquer et retarder les affaires technico-médicales.

On lit que lasse d’attendre des autorisations, l’admirable l’entreprise française qui travaille à mettre au point un cœur artificiel, envisage de s’expatrier outre Atlantique.

Hormis les bureaucrates, nul n’arrêtera le progrès.

Pierre Auguste
Le 15 mars 2017