UN PRÉSENT QUI N’EST PAS UN CADEAU

Notre pays est un village Gaulois jaloux de son indépendance. Il rêve de gérer ses affaires comme s’il était seul au monde. À nous les particularismes ! Mais des accès de fièvre le rappellent aux réalités et lui donnent la velléité récurrente de régenter le monde. À nous l’universalité !

La mondialisation progressive, l’ouverture des frontières, l’enchérissement des ressources, notamment des matières premières et du pétrole, les transferts de technologie, ont enrichi les riches des pays pauvres, mis en concurrence les pauvres du monde entier, mis à bas la compétitivité de pans entiers de l’économie des pays développés. L’exception française a fait défaut.

Par leurs effectifs, leurs emprises hors des frontières, leur puissance financière, leur optimisation autonomiste, les grands systèmes économiques tendent à supplanter les états en captant leur influence et leur pouvoir de décision.

 

Certes, cette multiple ouverture a sorti de la famine la plupart des pays pauvres, mais les délocalisations et l’accroissement du chômage, étaient sur le chemin des prétentions et des bonnes intentions.

Comme en France nous ignorons le juste milieu, nous avons la propension maladive de sortir d’un excès pour plonger dans un autre.

L’institution de l’ANPE en monopole du recrutement a dans un premier temps interdit la création d’entreprises privées dans ce secteur essentiel d’activité. Notre état omnipotent a dû assouplir ses règles relatives au marché de l’emploi. Il a ainsi ouvert un boulevard, libre de concurrence, à des grands groupes privés, notamment anglo-saxons.

N’étant pas à une incongruité près, l’état a laissé l’ANPE confier en sous-traitance certaines de ses activités à des sociétés étrangères. Il leur a même accordé la prérogative d’une commission chargée de donner-ou refuser-un agrément au référencement de petites structures qui se risquaient, seulettes, dans ce stratégique secteur d’activité. Devinez quel accueil fut donné aux candidatures.

De bons et purs esprits ont cru pouvoir résorber le chômage en partageant le travail comme si c’était une constante universelle indéfiniment sécable. D’aucuns ont voulu, au commandement, sur un coup de sifflet, réduire le temps de travail uniformément et simultanément dans toutes les administrations et toutes les entreprises.

Chacun a pu observer, où nous a conduit le mépris de la diversité des réalités. En particulier pour ce qui n’est pas dé-localisable, comme les hôpitaux. Et aussi pour ce qui est facilement « portable » comme les centres d’appel et/ou informatiques.

L’organisation du travail ne peut oublier que rien ne saurait remplacer la présence humaine, que la contrainte du temps est primordiale et que l’on ne saurait négliger les menus-détails auxquels les jeunes gens qui prétendent diriger leurs semblables n’ont guère été confrontés :

• Les activités modernes ressortissent d’une infinité de techniques qui sont chacune tributaires de leurs sujétions et imposent leurs contraintes ;

• La division et la spécialisation du travail, nécessaires à la qualité des produits et services, à la productivité, à la compétitivité des entreprises ou administrations, a réduit l’interchangeabilité des êtres humains, diversifié les qualifications et les formations ;

• Les travaux d’étude en équipe ne sont guère susceptibles de travail à la chaîne. Ils nécessitent une continuité, une polarisation des esprits, une présence simultanée des coopérants qui s’accommodent mal du temps partagé, de la liberté et de l’autonomie des emplois du temps, des relèves, des interruptions vacancières de quinze jours tous les mois et demi ;

• Comment faire des réunions plénières et des concertations multilatérales quand il manque toujours quelque personne indispensable pour apporter des informations, pour endosser la responsabilité des décisions, pour agir ? Comme si l’on pouvait jouer au rugby en temps partagé, par procuration ou en télétravail !

• Peut-on oublier que la direction peut certes se pratiquer par écrit, par téléphone, par Internet mais que rien ne saurait détruire les vertus du commandement et de la direction par contact direct, à la vue et à la voix ?

Des erreurs politiques et de management général ont insinué la désorganisation scientifique du travail, en notre pays qui se flatte pourtant de la productivité de ses travailleurs. L’une des plus lourdes de conséquence fut d’ériger notre pays en paradis social et en enfer fiscal et de se suffire de lamentations sur l’existence de paradis fiscaux.

Le chômage et l’exode étaient sur le chemin. Dans un premier temps par la création puis la délocalisation des entreprises sans ateliers, ensuite par le regroupement offshore des activités, et finalement par l’exil volontaire des individus entreprenants épris de liberté.

Par l’ingéniosité fumeuse de nos concepts, et par notre incapacité de trouver un juste équilibre entre le libéralisme et le dirigisme, nous avons organisé un potentiel fiasco.

Et nous bataillons maintenant pour choisir les butées, droite ou gauche, basse ou haute, vers lesquelles nous allons précipiter notre système.

Pierre Auguste
Le 2 août 2017