Il manque aux jeunes gens qui nous gouvernent d’avoir bourlingué sur les océans des réalités. Mais ce ne sont là que paroles inaudibles par les jeunes loups politiques.

On n’apprend pas dans les écoles, ni dans les livres, ni dans les débats partisans qu’il est scabreux de confier un même travail à des gens de statuts différents.

On apprend par la vie que chaque profession procède à peu près de la même manière pour asseoir son emprise. Elle acquiert d’abord un savoir faire incontestable. Elle en organise son enseignement et délivre un diplôme que, par la loi ou par la pratique, elle parvient à rendre obligatoire. Ainsi se ferme l’accès à la profession et tendent à s’établir des exclusivités en faisant appel au numerus clausus, au droit d’entrée, à la cooptation.

 

Le législateur a toujours peur d’enrichir le citoyen moyen. Mais au cours des âges, il a su mitonner quelques statuts mignons pour la grande famille politique. Cela ne retient pas les bénéficiaires de s’insurger contre le vil conservatisme des positions acquises par telle ou telle fraction du peuple.

De son côté, notre grand contempteur de l’argent-roi, grand prêtre de l’insoumission, ne supporte plus l’inconfort des transports ordinaires. Il se rêve en Nabab et milite pour l’augmentation des indemnités de la fonction parlementaire.

Dans le même temps la peuplade boboïsante, éprise du « tout en low cost », rêverait plutôt de soumettre la gens politicienne à la portion congrue.

Par habitude, par manque d’imagination, par la volonté farouche de sauvegarder ses « acquis fiscaux », le pouvoir prétend créer des emplois par des statuts dérogatoires.

En des têtes bien faites, bien pleines, bien pensantes, naquit l’idée de favoriser par des dégrèvements des activités nouvelles, comme celles des VTC ou des micro entreprises. Il s’agissait de concurrencer des professions bien établies et bien chargées comme celles des taxis ou des travailleurs indépendants.

Dans les mêmes « têtes couronnées d’un tortis de lierre » naquit aussi l’étonnement de voir ces greffons rejetés par les receveurs qui, non sans raison, y voient une concurrence déloyale !

L’application de toute dérogation génère quelque injustice et suscite la tentation de frauder pour contourner les conditions qui lui sont attachées.

Même s’ils contribuent à encadrer les activités, les statuts ne sauraient en être l’essence ni l’origine.

Les meilleurs statuts suscitent toutes les convoitises. Nous avons pu voir les derniers débats sur les fameuses ordonnances transmuter le marché du travail en marché des statuts. Pour ce qui est du travail à faire, nous verrons demain.

Le travail réel est toujours là, qui doit porter sur son dos le destin de toute l’espèce humaine.

Par sa voix la plus autorisée, le pays des lumières, des révolutions et de l’universalité, a déclaré forfait devant les réformes de l’organisation et du statut du travail nécessaires pour faire vivre ses propres enfants selon ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

Avant de réformer ici, il faut réformer l’univers ! En commençant par le plus facile qui est de transformer le vocabulaire. Pour communiquer de vieilles idées avec des mots qui semblent neufs.

Nous ne sommes pas fainéants mais toujours le travail nous rattrape et nous dépasse. Et il y a encore chez-nous quelques chasseurs comme celui dont on disait dans mon village « celui-là, il cherche du travail avec un fusil. »

Dans un monde ouvert, des jeunes gens entreprenants et des entreprises dynamiques s’expatrient pour trouver des conditions fiscales, une ambiance, une clientèle, plus favorables au développement d’activités nouvelles.

Dans le même temps nous importons des démunis pour faire ce que chez nous personne ne veut plus faire. Et nous leur promettons un statut.

Le législateur européen en statuera quand il n’aura rien d’autre à faire.

Pierre Auguste
Le 11 octobre 2017